INSTITUT DON BOSCO (Verviers)
ACTIONS PEDAGOGIQUES

Des projets pour apprendre.

"L'école catholique, lieu de vie", tel était le thème du congrès organisé par le Comité Européen pour l’Enseignement Catholique à Augsbourg du 31.10 au 3.11.1996.

Des représentants de l’enseignement catholique de la plupart des pays d’Europe y étaient présents pour, d’une part, échanger des expériences vécues dans les écoles, d’autre part, réfléchir ensemble aux moyens de mettre en pratique le thème du congrès.

Notre directeur, M. Chantrain, et moi-même y étions invités par la Fédération de l’enseignement catholique francophone pour présenter quelques exemples de la pédagogie de projets pratiquée à Don Bosco. Sous le titre " Des projets pour apprendre ", nous avons présenté deux projets récents: le spectacle de cirque monté par la 1 Accueil A 93-94, et le projet de monument contre le racisme réalisé par la 4 PQE 94-95.

Voici la teneur de notre exposé.

Des projets pour apprendre Augsbourg 1996.

En 1993 et en 1995, le Conseil Général de l’Enseignement Catholique belge a précisé et largement diffusé les lignes de force du projet éducatif chrétien.

Notre expérience de pédagogie de projets s’y inscrit naturellement, et développe plus particulièrement quelques-unes d’entre elles: transmission vivante du message chrétien de fraternité, des valeurs de respect, de dignité et de solidarité; formation de citoyens libres et responsables; conviction que l’élève doit être acteur de sa propre formation.

Le projet pédagogique salésien, auquel nous adhérons, nous pousse en outre vers les jeunes les moins favorisés.

1er exemple: la classe d’accueil.

Alain a 12 ans. Il n’a pas de mots assez durs pour parler de l’école.

Il arrive dans notre classe d’accueil, avec des condisciples qui, tous, ont connu à l’école primaire un parcours scolaire mouvementé.

C’est là que l’école commence à prendre pour lui un nouveau visage: on reconnaît son identité. Au cours de français, on encourage l’expression de ses sentiments et de ses désirs, on apprend à maîtriser la forme, on entame un dialogue qui, un jour, débouche sur un projet de classe. Ensemble, élèves et professeurs vont réaliser une oeuvre commune, qui sera pour tous source d’apprentissages aussi bien sociaux que strictement scolaires. Il n’est plus alors question d’ingurgiter un savoir indigeste et sans rapport avec la vie, mais d’apprendre pour construire et se construire ensemble.

Une fois, ce fut un spectacle de cirque, dont vous voyez quelques images; il a bien sûr fallu maîtriser quelques techniques acrobatiques, mais aussi, et surtout, parler, écrire, convaincre, fabriquer le matériel, résister ensemble à la lassitude et au découragement, oser se montrer en public.

Une autre fois, on prend en charge la gestion des déchets de l’école: des élèves de 6ème ont consacré leur travail de qualification à concevoir et réaliser une machine qui compacte les canettes métalliques vides. Le souci de vivre dans un environnement plus propre pousse les élèves de la classe d’accueil à prendre en charge la collecte, le tri, le compactage des canettes vides, en utilisant le fruit du travail de leurs aînés. La conception, le calcul des coûts, les campagnes de promotion sont pris en charge, et sont autant d’occasion d’apprendre.

C’est alors que notre ami Alain se découvre: il est une personne, sa valeur est reconnue, il apprend à se juger lui-même, il se surprend même à être capable d’apprendre! Ses parents se prennent à croire à nouveau en lui. Enfin, Alain et ses parents découvrent un nouveau sens à sa présence à l’école.

La relation pédagogique n’est plus, fondamentalement, une relation d’autorité fondée sur la transmission du savoir, mais une relation de partenariat, fondée sur le partage et la solidarité.

2ème exemple: un monument contre le racisme.

Mustafa a 17 ans. Dans sa classe de 4ème professionnelle, des jeunes de 5 nationalités se côtoient, sans heurts.

Au début de l’année scolaire ont lieu des élections communales. A l’école, on en parle, avec en toile de fond l’analyse des valeurs défendues par les candidats et des enjeux démocratiques liés aux élections. A l’annonce des résultats, consternation de la petite communauté que forme la classe de Mustafa: l’extrême droite, avec ses thèses racistes et son programme d’exclusions, entre au conseil communal.

En classe, l’indignation fait vite place à la volonté de faire passer un autre message: " Différents, nous le sommes, mais c’est une richesse, et nous voulons vivre ensemble. " Peu à peu, avec quelques professeurs, un projet prend forme, intégré aux cours de religion, d’actualité et de formation humaine: ériger dans notre ville un monument qui porte notre message.

La Fondation Roi Baudouin lançait un appel aux projets visant à promouvoir la citoyenneté chez les jeunes: elle soutiendra efficacement le nôtre.

Peu à peu, en collaboration avec un sculpteur, le projet s’affine: on proposera à la population de graver des messages de paix et de solidarité sur des plaquettes de verre qui constitueront l’âme du monument: le projet est désormais sorti de l’école, nous sommes à présent des citoyens actifs. La classe de Mustafa participe à plusieurs manifestations publiques, dont la commémoration de la libération des camps nazis, obtient le soutien des autorités communales et l’aide d’élèves d’autres écoles et de mouvements de jeunes, comme la JOC ou la maison de jeunes locale.

Parallèlement, une campagne de presse est organisée pour sensibiliser l’opinion publique.

Il y a deux ans de cela. Petit à petit, le projet avance: aujourd’hui, un échantillon des plaquettes réalisées interpelle les voyageurs dans le hall de la gare de Verviers. Avec ce projet avance aussi la conviction de quelques jeunes qu’ils sont, quelle que soit leur origine, partenaires à part entière de la société dans laquelle ils vivent..

Conclusion.

Professeurs et élèves développent ensemble bien d’autres projets, petits ou grands. Certains d’entre eux mobilisent les familles, tous posent aux élèves, aux professeurs et aux parents la question fondamentale du sens de l’école, tous tendent au même objectif: former des adultes conscients et capables de prendre leur destin en main.

Quant au bilan, il semble largement positif.

A court terme, les élèves et leurs familles découvrent une école qui n’est plus un bagne, mais un lieu de vie communautaire porteur d’espoir; l’absentéisme diminue, les résultats scolaires tendent à s’améliorer.

A long terme, les anciens élèves parlent de ces projets comme d’expériences marquantes dans leur formation.

Même le professeur a pris goût à l’école!

Parmi les autres interventions, une expérience de médiation par les pairs menée à Sarcelle (F) nous a particulièrement intéressés. Il s’agit de fournir à des élèves volontaires une formation à la résolution de conflits. Ils deviennent alors officiellement médiateurs, et proposent leurs services aux élèves en conflit. M. Reners, médiateur scolaire à Don Bosco, a pris en charge la mise sur pied d’une telle équipe de médiation dans notre école.

Une " école des parents " en Grèce, en Italie un pélerinage national à Auschwitz, l’apprentissage du travail d’aide sociale chez des Jésuites espagnols, un " projet éducatif chrétien " en Flandre, la recherche du sens de la vie aux Pays-Bas ont démontréle foisonnement des approches et des initiatives un peu partout en Europe, tendant à faire de nos écoles de véritables lieux de vie.

Se rendre compte qu’aux quatre coins de l’Europe nos préoccupations, nos pratiques, nos espoirs et nos inquiétudes sont partagés fut pour nous un véritable encouragement à persévérer dans la voie que nous avons choisie: ne pas se contenter de transmettre un savoir, mais oser la démarche d’éducation qui donne du sens aux apprentissages scolaires ... et à la vie.

André SIMON

ARTEC, une réponse à des préoccupations pédagogiques et économiques.

Au début des années 80, nous entrions dans le rénové, dont l’esprit et les programmes imposaient le passage dans plusieurs options en 1ère année ; l’intention du législateur était claire : prendre le temps de mieux informer l’élève avant son choix définitif. Pour respecter la spécificité de l’école, nous avons évidemment organisé des activités de caractère industriel (mécanique, bois, électricité), auxquelles se sont ajoutées les activités artistiques imposées par les nouvelles grilles horaires.

Dès le départ, nous avons veillé à ce que ces activités d’essai constituent un réel apprentissage du métier, et non du bricolage comme c’était le cas à l’époque dans la plupart des écoles.

D’autre part, il nous est apparu important de ne rien gaspiller de la chance qui nous était offerte d’ouvrir enfin nos élèves à une formation esthétique qui pourrait leur apporter, dans l’exercice de leur profession et dans leur vie quotidienne, ce petit " plus ", composant essentiel d’une personnalité humaine équilibrée.

Ajoutons que déjà le problème de la démotivation des élèves était une de nos préoccupations. En effet, la crise économique avait considérablement augmenté le chômage, le marché de l’emploi était saturé et les jeunes étaient obligés de vivre sans grand espoir d’avenir.

Le défi à relever n’était pas facile : comment impliquer le jeune dans sa formation, comment le préparer au monde industriel qui l’attendait, comment l’inviter à prendre des risques ? Autant de questions auxquelles nous devions trouver rapidement une réponse. On se décida alors à lancer une petite " société " dans le cadre des activités d’essai de 1ère année.

Notre intention n’était nullement de former de nouveaux petits " capitalistes ", ni de reproduire trait pour trait une société dont nous sommes bien conscients des défauts. Notre but était et reste avant tout éducatif : motiver pour mieux former.

Aujourd’hui, après 17 ans d’existence, ARTEC c’est

  • une équipe qui a décidé de prendre son sort en main plutôt que d’attendre des solutions venant d’ailleurs et qui admet que , dans toute entreprise humaine, les conflits et les contraintes sont inévitables et peuvent être dépassés;
  • un programme scolaire avec des objectifs précis, des méthodes soignées, une évaluation et un souci d’orientation permanents ; le bricolage ne satisfait ni l’homme de métier, ni le professeur;
  • un catalogue de fabrication varié, constamment enrichi et renouvelé;
  • un circuit de fabrication où sont d’abord élaborés et mis au point les prototypes nécessaires, puis réalisés les différents articles sélectionnés;
  • un système de commande souple et rapide pour éviter les pertes de temps;
  • une comptabilité rigoureuse, et un budget à élaborer et à respecter;
  • de l’imagination, du rêve, de la peine, du travail, de la solidarité, du dynamisme et de l’amitié.

Responsable : Daniel HANNON